Tu viens de sortir l'album, "Phoenix 2006". Il s'est placé directement à la treizième place des ventes d'albums. Ca a été une bonne surprise ?
Je ne calcule pas trop les ventes de disques. Dès que mon album est sorti dans les bacs, pour moi c'est déjà une victoire. Après il faut faire ce qu'on peut pour que les gens adhèrent et qu'il y ait un maximum de communication dessus, mais c'est vrai que je ne suis pas à l'affût du top ou des choses comme ça.
Tu nous avais donné l'habitude de démarrer tes disques avec la voix de ta soeur, Soriane Houston. Pour quelle raison as-tu choisi de faire l'impasse sur ce CD ?
L'état d'esprit n'est tout simplement pas le même. J'avais un état d'esprit un peu moins tendre sur le début de l'album. Ma soeur a bien grandi. Je pense refaire quelque chose avec elle, mais si je le fais, cette fois, elle chantera. Pour Phoenix, j'avais besoin d'avoir quelque chose de corrosif et de nerveux au début. C'est pour ça que j'ai appelé un pote à moi qui est scénariste et auteur. C'est lui qui a fait la voix de l'intro.
Le titre de ton nouvel opus, "Phoenix 2006", est assez révélateur. Penses-tu être en train de renaître de tes cendres, ou était-ce pour nous faire comprendre que tu étais bel et bien de retour ?
C'est juste pour faire comprendre aux gens qui me croient mort que ce n'est pas à eux de décider si je meurs ou non. Je n'ai aucune haine, mais je suis dans un business où il y en a beaucoup. Je fais ce que j'ai à faire pour m'imposer et faire comprendre aux gens qu'être artiste n'est pas de suivre une mode.
Sur le titre "Phoenix", tu dis "Je suis à contre courant de ce mouvement R&B". Tu sembles avoir un regard assez critique sur le R&B actuel...
Bien sûr, en tout cas sur le R&B qui est commercialisé et médiatisé, peut-être un peu trop à mon goût. Il ne laisse pas assez de place pour les autres artistes. Moi, j'ai déjà eu ma petite heure de gloire, je ne cherche pas la gloire à tout prix. Mais, il y a tellement d'artistes qui sont là, qui sont super talentueux, comparé à ceux que l'on entend à la radio parfois. C'est juste cette vibes de R&B là. Je ne suis pas dedans. Les gens ont très bien compris ça. Ce sont des gens qui sont dans une vague "jet set". Moi, je fais ma musique, tranquillement. J'y mets ma culture. J'ai fait mes leçons et je pense que beaucoup de gens doivent faire les leurs.
Tu as été un des précurseurs du mouvement R&B en France. Qu'est-ce que ça te fait de voir que ce mouvement a pris une telle ampleur ?
Ca me fait plaisir, mais en même temps, ça me déçoit, parce qu'il a pris une ampleur, mais pas dans la direction la plus saine qui puisse exister. Quand je vois les Etats-Unis et que je vois l'interactivité entre les rappeurs et le R&B, je me dis qu'on est à des années lumières de ça en France. Je suis content parce qu'aujourd'hui on sait ce qu'est le R&B, alors qu'il y a 8 ou 9 ans, quand on venait m'interviewer, on me demandait ce que ça voulait dire. Mais je ne suis pas satisfait à 100% dans le sens où ça ne prend pas le même chemin que nos pairs aux Etats-Unis, alors que ça devrait puisque c'est une musique qui vient de chez eux.
Penses-tu qu'on y arrivera un jour ?
Franchement, je ne peux pas te dire. Il faudrait être devin pour voir si ça va continuer dans ce style là, avec la téléréalité etc... Le problème avec la France, c'est qu'ils ne savent pas faire les choses sans extrême. Soit on fait tout, soit on ne fait rien. Là, comme ils sont sur la téléréalité, il n'y a plus que ça à la télé. J'aspire à d'autres façons d'amener des artistes. On a l'impression d'avoir besoin de faire partie d'une téléréalité pour faire un CD R&B, alors que ce n'est pas vrai. C'est pour ça que j'ai ouvert mon label et qu'il est exclusivement R&B. C'est pour donner la chance à certains artistes R&B, comme on m'a donné ma chance. Non pas dans le créneau de la téléréalité, mais dans un autre créneau qui prend un peu plus de temps à s'installer, mais qui est plus vrai et, je pense, moins dangereux pour les artistes.
Le premier extrait s'intitule "Le Test". Penses-tu que c'est celui qui résumait le mieux l'album ?
Vraiment pas. "Le Test" est un morceau qui a été fait il y a 2 ou 3 ans et qui avait été déjà plus ou moins envoyé en radio. Comme j'étais resté longtemps sans vraiment performer, c'était un rappel pour dire "Je reviens". Il a pris du power en radio et il a fallu le clipper, mais ce n'est pas le premier single. C'était juste un avant-goût. La victoire c'est que le morceau n'a pas pris une ride et qu'ils le passent plus aujourd'hui qu'ils ne l'ont passé il y a deux ans et demi.
Sur ton album il y a également le titre "Midas touch". Tu y parles des bons vieux sons que tu écoutais avant. Ne serais-tu pas un peu nostalgique de cette époque ?
Grave, parce que c'était la vraie époque. C'était l'époque où on aimait la musique pour de vrai. Quand on faisait de la musique, on faisait de la musique. Il y a eu une époque de musique attitude où on était là pour le kiff de la passion et pas forcément pour tout ce qui gravitait autour. Avant, tu étais une star quand tu étais 'underground' et que tu faisais vraiment ton boulot. Aujourd'hui c'est un état d'esprit complètement différent. "Midas Touch" c'est l'un des morceaux sur lequel j'ai eu mes premiers flirts. C'est une époque qui compte énormément pour moi. Ca m'a guidé dans le style de musique que je voulais faire.
J'ai cru comprendre qu'il y avait eu une histoire entre M. Pokora et toi ? Tu l'as empêché d'utiliser le pseudo Matt ? Que s'est-il passé exactement ?
Moi je ne sais pas quoi faire avec cet espèce de mec. C'est un fan qui est devenu artiste et qu'on n'aurait même pas dû foutre là. Maintenant, après, il n'y a pas de galère. Il fait ses trucs, c'est cool. Il prend son bizz, c'est cool, tant qu'il ne vient pas toucher à mes trucs. Il a été prendre mon blase, il a été faire différent trucs, dire différents trucs sur moi et ça, ça ne va pas.
Il y a eu des actions en justice ?
J'ai attaqué M6. Je n'ai pas attaqué M. Pokora. J'en ai rien à foutre de M. Pokora. J'ai aussi attaqué Universal, ma propre maison de disques. J'en ai rien eu à foutre, dans le sens où je me dis : "Moi, mon blase est déposé à l'INPI. Pour la première fois que la loi est de mon côté, qu'est-ce que je vais aller me prendre la tête à laisser les gens faire ce qu'ils veulent ?". J'ai galéré pour imposer mon nom. De quel droit tu viens, alors que toi tu chantais mes sons à Popstars, que tu chantais mes sons quand tu faisais tes clips avec Link Up ? Une fois que tu sors ton disque, tu oublies qui t'as mis là ? Tu oublies le pourquoi de la chose ?
Aujourd'hui, que penses-tu de son succès ?
M. Pokora ? Son succès c'est le mien. S'il marche c'est cool. Je ne suis pas quelqu'un d'envieux. J'ai déjà eu ma part du gâteau. Dès qu'un jeune prend la maille et qu'il fait que son business marche, il n'y a pas de problème. Le seul souci que j'ai eu, c'est avec ce problème de blase. Il est venu dans mon studio, à l'époque de Link Up, comme un fan, c'est pas une histoire. Ce mec là me dit : "J'aime bien ce que tu fais, est-ce que tu ne veux pas me faire des sons ?". Entre temps, le mec a rencontré des gens. Moi, ça me fait plaisir qu'il fasse du chemin avec d'autres personnes. J'ai l'impression qu'il croit que j'ai la haine parce qu'il a été faire son album avec quelqu'un d'autre. Mais moi, ça me fait même plaisir de ne pas avoir été mêlé à cette mascarade. C'est ça le truc. Je préfère être sur l'album d'Amel Bent, qui sait chanter, et puis faire mes trucs. Pour moi, quand tu fais du R&B, le premier truc que tu dois mettre en avant, c'est ta voix. Déjà que tu ne composes pas, que tu n'écris pas, que tu ne fais rien, mets en avant ta voix ! Ne mets pas en avant ton torse et tes calendriers à deux balles.
Vous n'avez peut-être pas la même cible...
Va lui demander à lui si ce n'est pas la même cible ! Je suis persuadé qu'il aurait kiffé avoir la même cible. Il aurait kiffé avoir cette crédibilité là, mais il ne l'aura jamais, parce qu'il a déconné grave. Ce n'est pas une question de cible. Je n'ai pas que ça, mais j'ai aussi un public jeune.
La différence réside peut-être dans le fait que, toi, tu étais là avant tout le monde...
Oui, mais il a d'autres armes. Elles ne sont pas les mêmes, mais elles ne sont pas non plus négligeables. Lui, il arrive, il est chez M6, il a un pouvoir monstrueux. Tu dois pouvoir être dans une vibe à dire : "Voilà, moi je n'accepte pas de faire ça, parce que ça ne colle pas avec mon image". C'est ça être un artiste.
Quand allons-nous pouvoir venir t'applaudir sur scène ?
Normalement septembre ou octobre. J'espère que les gens seront nombreux à venir nous voir. Ce sera très live. Il y aura des musiciens, de la vie, du partage. Il faut venir !